Après des années d’indifférence, voire d’hostilité, les marchés financiers recommandent à leurs clients de ne pas rater le redémarrage planétaire de l’énergie nucléaire. Près de 400 centrales sont en construction et en projet, qui représentent un investissement de l’ordre de 2000 milliards de dollars.
Jusqu’ici, les marchés financiers, à commencer par les plus influents d’entre eux, à Londres et New York, n’aimaient pas le nucléaire. C’est une technologie qui requiert des investissements initiaux élevés, mais avec des retours mesurés qui s’étalent sur le long terme. Cette caractéristique ne les prédispose pas aux opérations spéculatives à court terme, auxquelles se prêtent notamment les énergies fossiles. Autre inconvénient majeur du nucléaire aux yeux des traders de Wall Street et de la City: le fait qu’il est très largement contrôlé par les pouvoirs publics des pays utilisateurs pour des raisons de droit et de sécurité.
A quoi s’ajoute l’hostilité des adeptes de la mondialisation, cette dernière passant par le démantèlement de l’Etat nation. Or le nucléaire, en leur assurant une certaine indépendance énergétique, rend les pays utilisateurs moins vulnérables aux pressions socio-économiques des «globalisateurs». Le ministre du Travail britannique sortant, John Hutton, ne s’y était pas trompé: «La sécurité d’approvisionnement en électricité est fondamentale pour permettre à notre pays de rester un Etat indépendant, libre et démocratique», avait-il souligné en 2008 dans le cadre d’un débat sur le nucléaire. Un témoignage, soit dit en passant, dont la Suisse, menacée d’une prochaine pénurie de courant, ferait bien de s’inspirer.
Mouvement irrésistible
Mais est-il judicieux, face à ce retour en force de l’atome dans le monde, de persévérer dans une attitude hostile? Non! répond en substance l’hebdomadaire financier Money Week, qui consacrait une récente couverture aux diverses «façons de profiter du regain du nucléaire», regain qui s’inscrit «dans un mouvement irrésistible». Plus de quatre cents nouveaux réacteurs pourraient être mis en service d’ici à 2030, portant à cette échéance la part du nucléaire à près de 25% de la production électrique mondiale.
Dès lors que le mouvement est irrésistible, autant y participer. Mais comment? Question à laquelle Money Week apporte des réponses nuancées. Certains investisseurs pourraient être tentés par les actions des entreprises françaises de pointe dans ce secteur, tels Areva ou EDF. «Méfiance!», nous dit le magazine. «Ces groupes étant contrôlés par les pouvoirs publics, les investissements sont à la merci des aléas politiques».
Les grands fournisseurs privés, tels Westinghouse ou General Electric, sont-ils plus sûrs? «Là encore, précise Money Week, la prudence est de mise, les gros contrats internationaux étant souvent tributaires des relations intergouvernementales». En revanche, rien n’empêche d’investir dans le nucléaire via des fonds ad hoc qui permettent de limiter les risques, tels le Global Nuclear Energy Fund ou le Market Vectors Nuclear Energy.
Mais quel que soit le régime sous lequel les ouvrages seront construits et gérés, ils auront besoin de combustible. Raison pour laquelle la meilleure stratégie consiste à miser sur les producteurs d’uranium. Ce secteur est peu assujetti aux décisions politiques et les principales mines sont situées dans des pays relativement stables (Canada, Australie, Kazakhstan, Niger), ce qui constitue une garantie de sécurité au niveau de la production et de l’approvisionnement.
Orientations majeures
Le gestionnaire de fortune international Schroders mise désormais lui aussi sur un développement significatif de l’atome dans la foulée du débat climatique. Sous le label «Global Climate Change Equity», une corbeille d’actions est proposée aux investisseurs privés et institutionnels, qui inclut des producteurs d’uranium et des sociétés engagées dans des projets de constructions de centrales, en Chine notamment.
Lors d’une récente conférence à Zurich, Gavin Marriott, représentant de Schroders, a explicitement évoqué «la renaissance» du nucléaire, en se référant aux plans de développement à l’échelle planétaire. Ainsi, des capacités nucléaires supplémentaires seront installées en Chine, en Inde et en Russie à hauteur de 75'000 mégawatts au cours des dix prochaines années, puis encore une fois autant au cours des dix années suivantes. Quant à l’Europe et aux Etats-Unis, les estimations de croissance pour l’échéance 2025 se situent autour de 20'000 MW.
Responsable du département Global & International Equities de Schroders, Virginie Maisonneuve estime que les investisseurs devraient miser sur trois orientations majeures: le changement climatique, l’évolution démographique et les supercycles, trois mégatendances qui vont se superposer à long terme à la crise financière actuelle. «Le changement climatique, souligne-t-elle, déclenchera la prochaine révolution industrielle, avec des investissements à long terme dans le nucléaire, en raison notamment du remplacement des premières générations de centrales».
Confirmation à Berne
Il n’y a pas que les marchés. Du point de vue du consommateur également, le nucléaire est bénéficiaire. Si la construction d’une centrale nécessite un investissement important, le coût de production de son kilowattheure, qui inclut le démantèlement de l’ouvrage en fin de vie et la gestion des déchets, est globalement inférieur de 20% à 30% à celui qui serait tiré en Suisse du charbon ou du gaz naturel. Cela tient au fait qu’il faut très peu d’uranium pour produire beaucoup d’électricité.
Cette compétitivité, attestée par 40 années d’exploitation d’ouvrages nucléaires en Suisse, permet de maintenir les prix de l’électricité à des niveaux supportables pour les consommateurs privés et professionnels. Selon une étude commanditée par la Confédération, le prix du kilowattheure issu d’un réacteur de 3e génération EPR serait du même ordre que celui des centrales existantes, soit près de 5 centimes.
A quoi s’ajoute le fait que l’industrie nucléaire s’autofinance depuis bientôt 40 ans et ne se nourrit d’aucune subvention puisée dans la poche du contribuable. Au contraire, grâce aux impôts sur les bénéfices et aux taxes locales qu’elles acquittent chaque année (de l’ordre de plusieurs dizaines de millions de francs), les centrales suisses sont une source de recettes, et non pas de dépenses pour la collectivité publique. Autant d’arguments parfaitement mesurables qui devraient peser leur poids dans les débats à venir sur les nouveaux projets nucléaires dans notre pays.
(Cet article de Jean-Pierre Bommer est paru dans Le Temps du 5 juillet 2010)

Bonne année 2009 pour l’énergie solaire en Suisse: les ventes de capteurs thermiques ont augmenté de 29%, voire de 139% pour les modules photovoltaïques. La part de production d’électricité solaire dans notre pays reste toutefois infime, avec moins de 1 pour mille de la consommation finale.
Plus de 16’000 nouvelles installations solaires produisant de la chaleur ont été installées en Suisse, portant la surface totale des capteurs à près de 660 000 m². Cette capacité se traduit par une production de 280 000 mégawattheures (MWh) d’énergie, ce qui équivaut à 28 millions de litres de mazout. Cette contribution permet de réduire les émissions annuelles de CO2 de 73’000 tonnes environ.
Mais c’est dans le secteur du photovoltaïque que la progression est la plus spectaculaire, avec le quasi doublement en une seule année de la capacité existante. Grâce à la campagne de subvention massive par le biais de la rétribution à prix coûtant des kilowattheures produits et réinjectés dans le réseau, la surface de captage globale est désormais supérieure à 500'000 mètres carrés, qui représentent un investissement initial d’au moins 550 millions de francs, auquel il faudra ajouter une bonne centaine de millions pour le démontage et le recyclage des matériaux après 25 ans d’utilisation.
Malgré cette envolée en 2009, la production d’électricité photovoltaïque ne représente que 0,075% de la production nationale brute du pays. Il faudra plusieurs dizaines d’années et des dizaines de milliards de francs pour porter cette contribution à quelques pour cent seulement..