Echéance des contrats français, résistance contre les centrales à gaz, limites du nouveau renouvelable: les risques de pénurie d’électricité en Suisse se rapprochent plus vite que prévu. Tel est le principal enseignement de l’étude «Perspectives électriques 2020» du groupe alémanique Axpo.
Publiée en 2005, la première édition de l’étude d’Axpo évaluait les risques qui pesaient sur la sécurité d’approvisionnement électrique du pays à l’échéance 2020. Entretemps, la production nationale est devenue régulièrement déficitaire pendant la saison d’hiver. Et les derniers chiffres révèlent que les conditions se sont fortement dégradées en comparaison des prévisions initiales.
Ainsi, les droits de prélèvement sur des centrales nucléaires françaises pourraient échoir plus tôt que prévu. Les contrats d’importation, qui représentent près de 20% de la capacité de production du pays, prendront fin à partir de 2016. Soumise à une forte opposition politique, la construction de centrales à gaz ne constitue plus une option réaliste. A quoi s’ajoute le fait que la production à partir des nouvelles sources renouvelables se heurte à l’hostilité croissante d’organisations de défense de l’environnement et des populations locales.
Qu’il s’agisse de l’utilisation de la biomasse, des petits ouvrages hydrauliques, de grandes installations éoliennes, ou de la dégradation des paysages et des immenses surfaces nécessaires pour des productions réduites et tributaires de la météo, les inconvénients du nouveau renouvelable ne peuvent plus être ignorés dès lors qu’on se lance dans la réalisation concrète des projets. Le développement de ces sources de substitution marque nettement le pas par rapport aux prévisions de 2005.
Selon l’étude d’Axpo, le déficit électrique hivernal, désormais endémique, s’étendra progressivement sur toute la durée de l’année. Il n’y a pas d’alternative: la Suisse devra construire de nouvelles centrales nucléaires pour assurer son approvisionnement en énergie électrique. En plus de l’optimisation de la production hydraulique au fil de l’eau, il faudra remplacer les anciens ouvrages nucléaires de Beznau et Mühleberg par des réacteurs de grande puissance.

Le 17 juin 2010 marque un revirement quasi historique en matière de politique énergétique en Europe. Premier pays ayant décidé de «sortir» du nucléaire, la Suède fait marche arrière et ouvre la porte à une relance de l’atome.
Le Parlement suédois a mis fin à une interdiction remontant à 1980, suite à un référendum dont les termes étaient initialement défavorables au nucléaire. Les seuls choix proposés définissaient dans quelle mesure cette forme d’énergie serait finalement supprimée. Le référendum n’offrait pas la possibilité de s’exprimer en faveur d’un développement du nucléaire.
Cette consultation biaisée a débouché sur l’adoption d’une loi qui prévoyait la suppression progressive de la production nucléaire d’ici à 2010, ainsi que l’interdiction de tout effort de recherche et développement dans ce secteur. En conséquence de quoi plusieurs industries de pointe furent fermées, ou émigrèrent sous des cieux plus cléments, notamment en Finlande où se construit actuellement la première centrale de troisième génération EPR.
L’industrie nucléaire suédoise, parmi les plus avancées du monde, a été démantelée en dépit du fait que ce pays dispose des réserves d’uranium les plus importantes d’Europe et que la moitié de son électricité est tirée de l’atome. Près de 5 milliards d’euros ont été investis dans des alternatives solaires et éoliennes qui couvrent aujourd’hui moins de 3% de la consommation du pays. Et plutôt que de construire de nouveaux réacteurs, on a rénové les anciens au prix fort.
Malgré une adhésion croissante de l’opinion publique au nucléaire, attestée depuis une quinzaine d’années par plusieurs sondages, il aura finalement fallu trente ans pour qu’une majorité du Parlement autorise le remplacement des dix réacteurs en exploitation pour de nouvelles installations qui seront plus sûres et, surtout, beaucoup plus performantes.
Nous parlions de la part du nucléaire dans l’électricité de base, aussi appelée «en ruban», autrement dit le courant qui est disponible en permanence, à chaque instant du jour et de la nuit. C’est l’énergie qui alimente les emplois, les transports, les systèmes de sécurité et l’informatisation des activités, et dont la production ne dépend pas des conditions météorologiques.
En Suisse, le nucléaire fournit près de 60% de cette énergie de base. Le reste provient des centrales hydrauliques au fil de l’eau. Le potentiel hydraulique étant largement épuisé, et à moins de construire en Suisse des ouvrages à gaz ou à charbon, seules les centrales nucléaires pourront couvrir les hausses à venir et remplacer les anciens réacteurs en fin de vie.
La contribution potentielle du nouveau renouvelable à cette alimentation de base est pratiquement nulle. Pourquoi? Parce que les éoliennes ne tournent que mille à deux mille heures par années et que les installations photovoltaïques ne donnent rien pendant la nuit. Même pendant le jour, l’arrivée d’une couverture nuageuse peut faire chuter le rendement des panneaux solaires de 60% à 90%.