Haro sur l’atome! Alors même que se déroule dans le Golfe du Mexique ce qui sera vraisemblablement la plus grande catastrophe écologique de tous les temps, le Parti des Verts réuni en congrès décidait de relancer sa croisade contre le seule source d’énergie capable de réduire à grande échelle le poids écrasant des agents fossiles dans nos approvisionnements.
Le fait que le nucléaire, après quarante années d’utilisation dans notre pays, présente une bilan énergétique, environnemental et économique tout à fait remarquable n’est pas de nature à ébranler les convictions de nos écologistes. Que les agents fossiles, après des dizaines d’années de discours sur la nécessité de réduire leur emprise, couvrent toujours les trois quarts de la consommation énergétique de notre pays ne les émeut pas davantage.
L’électricité reste leur cible exclusive et prioritaire. Il faut éliminer le nucléaire de nos approvisionne-ments. Et comment? En le remplaçant le plus vite possible par des sources renouvelables, solaire et éolien en tête.
Il n’est pas inutile, ici, de rappeler quelques ordres de grandeur. Pour compenser l’actuelle production nucléaire suisse (26 milliards de kWh/an), il faudrait installer 3000 éoliennes géantes de 100 mètres de haut et 80 mètres d’envergure, au prix de 28 milliards de francs (1000 kilomètres de machines alignées tous les 300 mètres). Ou 148 millions de mètres carrés de panneaux photovoltaïques, au prix de 225 milliards de francs.
A quoi s’ajoute la nécessité de créer des capacités de réserve pour prendre le relais les jours sans vent et pendant la nuit. Ce ne pourront être que des centrales à combustible fossile, car il faut pouvoir les mettre en marche et les arrêter rapidement au gré des humeurs de la météo. Autrement dit, tout développement important du solaire ou de l’éolien se traduira indirectement par une hausse massive des émissions de gaz à effet de serre et autres substances polluantes.
Au cours des 30 dernières années, la Confédération a investi plus de 1 milliard de francs dans la promotion de l’énergie solaire. Or le photovoltaïque ne couvre toujours que 0,05% de nos besoins en électricité (un demi pour mille). Il faudra plusieurs dizaines d’années et de milliards de francs pour porter la part du solaire à quelques pour cent seulement. C’est un effort considérable qui peut se justifier sur le très long terme.
Mais notre pays est menacé à court terme d’une pénurie d’électricité de base, celle qui est disponible à chaque instant, 24 heures sur 24. En Suisse, le nucléaire fournit près de 60% de cette énergie dite «en ruban». La contribution potentielle du nouveau renouvelable à cette alimentation de base est pratiquement nulle. Pourquoi? Parce que les éoliennes ne tournent que mille à deux mille heures par année et que même pendant le jour, l’arrivée d’une couverture nuageuse peut faire chuter le rendement des panneaux solaires de 60% à 90%.
Les congressistes Verts auraient-ils approuvé cette nouvelle croisade contre le nucléaire - que le parti entend mener «par tous les moyens» - s’ils avaient eu connaissance de cette réalité des chiffres?
A chacun d’eux de répondre.
(Cet article de Jean-Pierre Bommer est paru dans 24 Heures du 26 mai 2010).

Deux à trois nouvelles grandes centrales électriques à gaz ou à charbon sont mises en service chaque semaine dans le monde. Aussi les émissions de CO2 imputées aux énergies fossiles vont-elles augmenter de 43% d’ici à 2035. C’est ce que prédit l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).
«Les émissions de gaz à effet de serre issues de la consommation de charbon, de pétrole ou de gaz naturel passeront de 29,7 milliards de tonnes en 2007 à 42,4 milliards de tonnes en 2035», écrit l’EIA dans son document annuel de prévisions à long terme.
L’essentiel de ces émissions proviendra des pays à forte croissance économique, comme la Chine et l’Inde, où la demande en électricité devrait exploser. «Compte tenu de la forte croissance économique attendue et d’une dépendance toujours élevée aux énergies fossiles, l’essentiel de l’augmentation des rejets de gaz carbonique viendra des pays en développement», dit le rapport de l’EIA.
L’agence américaine souligne que ce risque est lié à l’absence de politiques nationales ou de traité international contraignant sur la lutte contre les changements climatiques. Les puissances industrialisées et les pays en développement peinent à s’accorder sur des mesures visant à réduire les émissions de CO2 et à prévenir les sécheresses, les vagues de chaleur ou inondations dues aux changements climatiques.
La Compagnie Nationale du Rhône (CNR), filiale de GDF Suez et premier producteur français d'énergie renouvelable, a inauguré le 28 mai dernier à Saulce-sur-Rhône, dans la Drôme, la plus grande centrale photovoltaïque de la région Rhône-Alpes à ce jour.
Les panneaux en silicium cristallin ont été retenus, car ils sont les plus performants en termes de rendement. Ils répondent à des normes qui leur garantissent une durée de vie de 25 ans en conditions extérieures, y compris vent en rafales et grêle. L'usine de fabrication des panneaux est également certifiée ISO 9001.
Contrairement aux technologies à couches minces, le recyclage des panneaux en silicium cristallin choisis est entièrement maîtrisé. Avec une puissance installée de 3,1 mégawatts-crête, cette installation produira 5 millions de kilowattheures/an, soit l’équivalent de la consommation de 1200 foyers. Elle occupe une surface de 10 hectares recouvrant une friche industrielle et a coûté 14 millions d’euros..
L’électricité est partout présente, mais ne représente que 24% de l’énergie consommée en Suisse. Cela veut dire qu’elle est déjà utilisée de manière économe. Il existe un potentiel d’économies considérable en matière d’énergie, mais c’est dans le chauffage des immeubles et les transports routiers qu’il se trouve, autrement dit dans les énergies fossiles.
On pourrait réduire les besoins en combustibles fossiles (pétrole et gaz) en assainissant les immeubles existants et en accélérant le recours aux pompes à chaleur, au chauffage à bois et en développant des réseaux de chauffage collectifs. Et les voitures électriques consomment moins d’énergie que les modèles à essence.
Cela étant, tout effort de substitution dans le chauffage et de développement des sources renouvelables entraînera dans un premier temps une forte hausse des besoins en électricité. Il faut autant d’électricité pour fabriquer un panneau solaire que ce même panneau fournira en 2 à 4 années d’activité.
Les Suisses ne sont pas gaspilleurs. Nous sommes l’un des pays développés qui utilisent le moins d’énergie pour produire un franc de Produit intérieur brut. Ce qui témoigne d’une efficacité très élevée de l’utilisation de l’énergie. Exemple: l’industrie suisse des machines a diminué sa consommation d’électricité de 28% depuis 1990, tout en augmentant sa productivité dans des proportions équivalentes. :