Le rapport «World Energy Outlook 2008» de l'Energy Information Administration (EIA) table sur une demande mondiale de 113 millions de barils/jour de carburants liquides en 2030, contre 89,2 millions en 2010. Cette hausse est attribuée en majeure partie aux pays émergents, qui voient leur consommation augmenter de 85% sur la période 2005-2030, contre 19% pour les pays industrialisés.
Faute d’un accord international contraignant sur les émissions de gaz à effet de serre, le charbon, dont l’utilisation a presque doublé depuis 2000, poursuivra une croissance de l’ordre de 2% par an. Selon l’EIA, la hausse des prix des énergies fossiles et les contraintes climatiques devraient favoriser le développement de nouvelles capacités nucléaires.
Celles-ci passeraient ainsi de 374 gigawatts en 2005 à 498 GW en 2030, ce qui représente une hausse annuelle moyenne de 1,5%. Seuls les pays européens de l'OCDE voient leur capacité décliner en raison, notamment, de l'arrêt planifié de centrales en Allemagne et en Belgique. De leur côté, la Chine l'Inde, la Russie et les Etats-Unis prévoient la construction de respectivement 45, 17, 18 et 15 grands ouvrages nucléaires d’ici à 2030. Toujours selon l’agence, la part des sources renouvelables restera négligeable, en dépit d’un effort volontariste des gouvernements des pays industriels.
Compte tenu de la hausse inéluctable du recours au pétrole et au charbon, les rejets de CO2, eux, augmenteront à l’échelle mondiale d’au moins 50% à l’horizon 2030. Cette évaluation pessimiste est confirmée par la publication, le 26 septembre dernier, des données mondiales sur les émissions de dioxyde de carbone du Global Carbon Project (GCP) pour l'année 2007.
Ainsi, les cimenteries et la combustion des ressources fossiles (pétrole, charbon, gaz) ont émis 8,5 milliards de tonnes (Gt) de carbone. Les activités de déforestation ont été, pour leur part, responsables de l'émission d'environ 1,5 Gt de carbone. «Ce niveau d'émissions se situe un peu au-dessus des scénarios de développement les plus pessimistes que le GIEC [Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat] a utilisés pour prévoir le changement climatique à la fin du siècle», précise Philippe Ciais (Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement), membre du GCP.

Sacrifié en France pour des raisons politiques, Superphénix pourrait renaître de ses cendres dans un cadre international. Le Commissariat français à l’Energie Atomique (CEA), la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), et le United States Department of Energy (DOE) ont décidé d’élargir leur coopération pour le développement des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium.
A ce jour, la technologie des réacteurs à neutrons rapides de quatrième génération est celle qui dégage le plus large consensus au niveau international. Les surgénérateurs seront conçus pour utiliser de façon optimale les ressources en combustible. Ils apparaissent ainsi comme les systèmes nucléaires les plus à même de répondre de manière durable à la croissance des besoins en énergie. Ils permettront en outre une gestion optimisée de fin de cycle du combustible, en appliquant les résultats acquis en matière de séparation/transmutation. Ces réacteurs pourraient être déployés à partir de 2040.
La coopération entre les trois pays porte sur les objectifs de conception, les standards de haut niveau à appliquer à ces prototypes, l’identification des règles de sûreté et sur les innovations techniques clés à même de réduire les coûts de construction, d’exploitation et de maintenance. Elle se traduit par des échanges sur les niveaux de puissance, les types de réacteur, de combustible et par un calendrier de déploiement des prototypes. Les élargissements prévus portent sur la contribution du surgénérateur japonais Monju au projet d’harmonisation et sur le cycle du combustible.
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Rédaction: Jean-Pierre Bommer