« Comment allons-nous passer l’hiver ? » Sans trop oser le crier haut et fort, les entreprises allemandes d’électricité ont le moral en berne. L’arrêt brutal de huit centrales nucléaires et la fragilisation d’un réseau soumis aux humeurs imprévisibles des productions éolienne et solaire pèsent lourdement sur la sécurité d’approvisionnement du pays.
La mise hors service au mois de mars dernier de huit réacteurs a entraîné une détérioration immédiate des conditions de transport et de distribution d’électricité. Exemple : l’exploitant de réseau TenneT, qui alimente 35 millions de consommateurs, a dû intervenir plus de 900 fois pour stabiliser le réseau entre les mois de mars et août dernier, contre seulement 160 interventions impromptues pendant toute l’année 2010.
Certains, à Berlin, s’inquiètent de la fragilisation du réseau de transport consécutif au développement des sources renouvelables. Le pays ne dispose pas des capacités suffisantes pour amener le courant produit sur les sites éoliens du nord vers les grands consommateurs industriels du sud. Un rapport du ministère de l’Economie souligne que le réseau est désormais à la limite de stabilité et sous la menace d’un effondrement par surcharges soudaines.
Et ce n’est pas l’arrivée du froid qui va arranger les choses. Compte tenu des possibilités d’importation réduites, en particulier de la France qui peine désormais elle aussi à couvrir ses pointes hivernales, l’Allemagne ne dispose pratiquement plus de capacités de réserve. Des gros coups de froid combinés avec des conditions de vent défavorables pourraient entraîner de graves perturbations, voire un « blackout » général.
A ces questions en suspens s’ajoute celle du prix de la « mutation énergétique » engagée par Angela Merkel. Mutation qui lui coûtera au final beaucoup plus cher que le sauvetage de la Grèce. A commencer par le soutien public aux sources renouvelables. Cet appui se traduit par une rétribution annuelle de 12 milliards d’euros, qui sera portée à 21 milliards d’ici à 2025. Au total, l’Etat aura déboursé vers 2030 plus de 250 milliards d’euros pour subventionner la production de quelque 30'000 éoliennes et de plusieurs centaines de kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques, qui couvriront alors quelque 15% de la consommation d’électricité globale. Dans l’intervalle, et pendant longtemps, c’est sur les centrales à charbon (notre photo) que reposera l’approvisionnement du pays.

Douche froide pour celles et ceux qui s’inquiètent de la sauvegarde du climat ! Selon les dernières prévisions énergétiques mondiales, les émissions annuelles de CO2 augmenteront de près de 43% d’ici à 2035.
Les chiffres viennent d’être publiés par l’Energy Information Administration (EIA) américaine. Ils annoncent pour 2035 une augmentation de la consommation mondiale d’énergie de 53%, dont la moitié sera à mettre au compte de la Chine et de l’Inde. A tel point que ces deux pays, qui comptaient pour 21% dans la demande en 2008, verront leur part grimper à 31% en 2035.
Malgré l’essor du nouveau renouvelable, qui pourrait couvrir 15% des besoins en 2035, les agents fossiles resteront la source dominante du mix énergétique mondial, avec une contribution de 78% à la consommation globale. Si le pétrole restera l’énergie dominante, sa part sera ramenée de 34% à 28%, les prix durablement élevés du brut favorisant une substitution vers d’autres sources et une maîtrise de la consommation.
Selon l’EIA, le prix du baril de brut devrait se stabiliser autour de 140 dollars à cette échéance. Le gaz sera l’énergie fossile qui connaîtra la croissance la plus élevée, avec 1,6% de hausse moyenne par année, si bien que sa contribution sera à l’arrivée de 8% supérieure à ce que prévoyait l’agence dans ses précédentes projections. Une croissance alimentée en grande partie par les gaz non conventionnels aux Etats-Unis, au Canada et en Chine notamment.
L’agence américaine prévoit aussi une élévation annuelle du recours au charbon de 1,5%. Dans ce scénario de référence, les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie passeront de 30,2 milliards de tonnes en 2008 à 43,2 milliards en 2035. Ce qui représente un bond de 43% des rejets de gaz à effet de serre qui se produira pour l’essentiel dans les pays émergents, asiatiques surtout.

Le parc éolien de Walney 2, composé de 51 turbines et situé en mer d'Irlande, a injecté ses premiers kilowattheures d'énergie renouvelable dans le réseau électrique national du Royaume-Uni.
Alors que le parc de Walney 1 était devenu pleinement opérationnel en mai 2011, celui de Walney 2 le sera d'ici à la fin de cette année, faisant de ces deux ouvrages le plus grand complexe éolien en haute mer au monde, avec une puissance cumulée de 367,2 mégawatts électriques. D'après son exploitant, le groupe DONG Energy, cette production sera équivalente à la consommation électrique de plus de 300'000 foyers britanniques.
Ces parcs éoliens sont situés à environ 15 kilomètres au large des côtes de l'île de Walney, au nord-ouest de l'Angleterre, et couvrent une superficie de 73 kilomètres carrés. La mer d'Irlande est réputée pour ses conditions d'accès et climatiques difficiles. La différence entre marées hautes et basses atteint près de 8 mètres. La vitesse du vent moyenne est de 9,3 mètres/seconde. La mise en place des fondations et l'installation des turbines a nécessité une logistique navale importante. Chacun des deux parcs est raccordé à la rive par une ligne sous-marine de transport d'électricité.
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C’est peu dire que la sortie du nucléaire ne sera pas gratuite. L’Office fédéral de l’énergie en estime le coût entre 150 et 190 milliards de francs pour les 20 à 30 prochaines années. Et Doris Leuthard invite les grands groupes électriques à s’y préparer. Comment ces derniers vont-ils faire, alors qu’ils avaient annoncé au début de l’année des investissements de 25 à 30 milliards de francs pour sécuriser l’approvisionnement des prochaines décennies avec la construction de nouveaux ouvrages nucléaires et hydrauliques ? Pour l’heure, ils sont confrontés aux premiers effets de la crise économique qui secoue l’Europe, et qui pourrait bientôt s’inviter chez nous aussi.
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Bel exemple de substitution réussie : la centrale à charbon de Rodenhuize, en Belgique, a subi une transformation en unité électrique à biomasse qui permettra de réduire les émissions de CO2 de plus de 1 million de tonnes par année.
Selon la compagnie énergétique française GDF Suez et sa filiale belge Electrabel, cet ouvrage constitue une première mondiale à deux égards : il s'agit de la plus grande conversion de ce type, et elle obtient les meilleurs résultats environnementaux parmi les unités converties à la biomasse.
D'une puissance de 180 mégawatts, Rodenhuize (notre photo) produira chaque année un volume d'électricité verte équivalant à la consommation annuelle de 320’000 ménages. Elle permettra de réduire de 1,2 million de tonnes les émissions annuelles de CO2.
Petit bémol, toutefois, à ce bilan environnemental flatteur: même si le charbon est entièrement remplacé par du combustible bois, un tiers de l'approvisionnement en pellets provient du parc de production de Pacific BioEnergy, au Canada, ce qui implique une empreinte carbone non négligeable, avec le transport transatlantique de 225'000 tonnes de biomasse par année.
Rédaction: Jean-Pierre Bommer
Sources: AVES, Handelsblatt, FRE, Enerpresse, EIA