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La «décision historique» allemande peine à convaincre

Hausse des réserves mondiales de pétrole

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Bulletin d’actualité énergétique no 108 – le 19 juin 2011
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Après l’euphorie, la gueule de bois. Les Allemands, et avec eux l’ensemble de l’Europe, prennent désormais la mesure du coût économique et politique de la sortie annoncée du nucléaire. Les critiques commencent à fuser contre la croisade verte d’Angela Merkel, jusque dans son propre parti.

Lors de la dernière réunion du G8, le 26 mai à Deauville, les sept autres membres du groupe ont refusé, poliment mais très distinctement, de suivre la chancelière allemande dans sa politique jugée aventuriste de promotion tous azimuts des sources renouvelables. « La décision allemande menace la sécurité énergétique de toute l’Europe », a déclaré de son côté Nobua Tanaka, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’aventurisme énergétique de Berlin inquiète tout particulièrement la France. Soucieux de ne pas écorner l’image de sa bonne entente avec Angela Merkel, Nicolas Sarkozy ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet jusqu’ici. Mais à Paris, la mauvaise humeur est patente. « L’abandon du nucléaire va fragiliser l’approvisionnement du pays et rendre l’électricité allemande plus chère et polluante », a déclaré le ministre de l’Industrie Eric Besson.

Le syndrome Superphénix

Les Français sont également très préoccupés par le côté messianique de l’écologisme germanique. Confortés par leur montée en puissance, les Verts allemands et leurs alliés ne vont pas se contenter de leurs succès nationaux. Ils aspirent à liquider le nucléaire dans toute l’Europe, et c’est le bastion français qui constitue tout naturellement leur cible majeure. Ils disposent à cette fin d’influents relais politiques et médiatiques en France même, avec un parti des Vert qui monte en puissance et un cheval de Troie en la personne du député européen franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, très présent dans les médias.

A quoi s’ajoute le fait que les deux principaux quotidiens d’opinion, Libération et Le Monde, depuis leur acquisition par de puissants groupes financiers, sont devenus de véritables gazettes de combat antinucléaire, à l’image de certaines chaînes de télévision publiques et privées. On craint aussi à Paris la répétition des événements de Creys-Malville, lorsque des milliers d’écologistes allemands étaient venus perturber la construction de la centrale de Superphénix pendant les années 70.

Cette même préoccupation est partagée à l’Est. Estimant que le pari allemand sur le renouvelable est irréaliste, La Pravda, dans un récent article, soulignait le caractère russophobe des Verts allemands, ce qui pourrait mener à des tensions politiques si Berlin décidait d’annuler les accords d’approvisionnement énergétique en vigueur avec la Russie. C’est peu dire que la décision allemande porte les germes de graves conflits futurs à l’échelle continentale.

De son côté, la Fédération métallurgiste européenne craint que la décision allemande ne conduise la Commission européenne à durcir les mesures de protection du climat et à accélérer la désindustrialisation de l’Europe à cause des prix exorbitants de l’énergie issue des sources renouvelables. De surcroît, Arnod Vaatz, vice-président du groupe CDU d’Angela Merkel au Bundestag, déplore « la décision la plus désastreuse » de la politique allemande depuis la fondation de la RFA en 1949. « Une source fiable et bon marché comme le nucléaire, affirme-t-il, ne devrait pas être sacrifiée sur l’autel d’aventures énergétiques ».

La croisade écologiste allemande a des racines antérieures à l’avènement de l’atome. Dans son édition du 3 juin dernier, dans un registre plus philosophique, le quotidien Die Welt soulignait l’influence de Martin Heidegger sur l’idéologie anti-technique et anti-industrielle qui a inspiré l’abandon du nucléaire. L’article visait notamment un essai du philosophe existentialiste publié en 1949 sous le titre « Die Frage zur Technologie », véritable cri de guerre contre la reconstruction industrielle de l’Allemagne de l’après-guerre. Ce texte peut être considéré comme un précurseur du mouvement écologique radical qui a désormais investi jusqu’à la Chancellerie fédérale..

Paradoxe helvétique

Et la Suisse ? Il y a quelque chose de paradoxal, voire de schizophrène, dans les décisions en matière nucléaire prises par le Conseil fédéral et le Conseil national, pour lesquels le fameux « risque résiduel » serait devenu subitement insupportable. Or nous avons accepté ce risque pendant 40 ans, et il nous a permis de produire plus de 800 milliards de kilowattheures en évitant à la Suisse d’émettre 600 millions de tonnes de CO2.

En indiquant une date de sortie pour 2034, nos édiles estiment implicitement que ce risque reste admissible pendant les 23 prochaines années, mais qu’il deviendra inacceptable pour de nouveaux types de réacteurs, qui seront pourtant par définition plus sûrs et performants, et dans lesquels on aura intégré les enseignements de Fukushima. Tel est l’un des principaux paradoxes d’une décision que l’on s’accorde à reconnaître comme fondamentalement électoraliste.

Pour l’heure, la décision précipitée d’abandonner le nucléaire, présentée par Doris Leuthard comme « un jour historique » témoigne surtout d’une Suisse qui a mal à sa politique. Il reste à savoir dans quelle direction cette décision fera souffler le vent de l’histoire. Compte tenu du rôle crucial de la sécurité d’approvisionnement en électricité pour la sauvegarde des Etats industriels du continent, les plus grandes inquiétudes sont désormais permises.


Le pic pétrolier s’estompe dans un plus lointain futur. La dernière évaluation de la branche fait apparaître une hausse des réserves prouvées à plus de 200 milliards de tonnes, de quoi couvrir la consommation mondiale des 56 prochaines années, et auxquelles s’ajouteront les autres gisements qui seront mis à jour ici et là.

La principale contribution à l’augmentation des ressources a été apportée par le Venezuela, dont les capacités identifiées ont été plus que doublées à 28,8 milliards de tonnes sur la base d’une nouvelle évaluation des gisements de brut extra-lourd de la ceinture pétrolière de l’Orénoque. De ce fait, les réserves de l’Amérique du Sud ont augmenté d’environ 90%.

L’Afrique fait état d’une hausse de 4% de ses réserves prouvées. Pour la première fois, le potentiel des gisements de l’Ouganda a été porté à 136 millions de tonnes et les champs sous-marins du Ghana à 90 millions de tonnes. La Lybie (+ 4,9%) et l’Egypte (+ 19%) annoncent également des chiffres en hausse. Les capacités d’Asie, du Moyen-Orient, de Russie et d’Amérique du Nord restent stables.

L’Arabie saoudite figure en tête du classement pays par pays, avec une part de 17,7% des réserves mondiales, désormais suivie par le Venezuela (14,4%), le Canada (11,9% grâce à son pétrole lourd), l’Iran (9,3%), l’Irak (7,8%), le Koweït (6,9%), la Russie (4,1%) et le Kazakhstan (2,0%).

L’an dernier, 3,59 milliards de tonnes de brut ont été extraites de plus de 900'000 forages. A ce rythme d’extraction, les réserves actuellement identifiées de 200,5 milliards de tonnes représentent une consommation de 56 années. 68% des quantités extraites en 2010 provenaient des champs terrestres et 32% de gisements marins, dont 7% en eau profonde.

Rédaction: Jean-Pierre Bommer
Sources : EIR, Die Welt, La Pravda, Les Echos, FRE

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En bref

Siemens Energy annonce avoir installé le premier prototype de sa nouvelle génération de machines éoliennes offshore à Høvsøre, au Danemark, et lancé la phase de test, le 9 juin dernier. La nouvelle turbine, dotée d'une puissance de 6 mégawatts et d'un diamètre de rotor de 120 mètres, s'appuie sur la technologie d'entraînement direct du groupe allemand. Nacelle et rotor (notre photo) pèsent moins de 350 tonnes, ce qui, selon le fabricant, aura un impact positif sur les coûts de fabrication des machines offshore.

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Les appels à la modération et à l’utilisation économe des ressources ne sont pas suivis d’effet : en 2010, la consommation mondiale d’énergie a augmenté de plus de 5%, avec une hausse équivalente des émissions de CO2. La Chine, qui inaugure chaque semaine une ou deux nouvelles centrales électriques à charbon, est désormais le premier consommateur mondial d’énergie.

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