Et si l’on remplaçait le nucléaire par le nouveau renouvelable?

Pour compenser l’actuelle production nucléaire suisse (26 milliards de kWh/an), il faudrait installer

  • 3000 éoliennes géantes de 5 mégawatts-crête (MWc), de 100 mètres de haut et 80 mètres d’envergure, au prix actuel de 28 milliards francs (1000 km de machines alignées tous les 300 mètres)
  • 148 millions de mètres carrés de panneaux solaires photovoltaïques, au prix actuel de 225 milliards de francs (surface qu’il faut pratiquement tripler pour éviter les ombres portées et laisser des passages entre les rangées de capteurs).

De telles surfaces et de tels prix sont totalement irréalistes pour un petit pays comme la Suisse.

A quoi s’ajoutent les chutes de production les jours sans vent et pendant la nuit. Pour les compenser, le pays devra disposer de capacités de réserve. Ce ne pourraient être que des centrales à combustible fossile, car elles doivent pouvoir être enclenchées et déclenchées rapidement.

Autrement dit, tout développement important du solaire ou de l’éolien se traduira indirectement par une augmentation des émissions de gaz à effet de serre et de substances polluantes.

Au cours des 30 dernières années, la Confédération a investi plus d’un milliard de francs dans le développement de l’énergie solaire. Et pourtant, le photovoltaïque ne couvre toujours que 0,05% de nos besoins en électricité (un demi pour mille). Il faudra plusieurs dizaines d’années et des dizaines de milliards de francs pour porter la part du solaire à seulement quelques pour cent.

A l’exemple de Mühleberg

Pour illustrer notre propos, prenons le cas d’un remplacement de la centrale nucléaire de Mühleberg par du solaire ou de l’éolien. Mühleberg, d’une puissance de 355 mégawatts électriques, produit 3 milliards de kilowattheures par année. Ce faisant, elle travaille à plein rendement pendant 8115 heures par an, soit 93% du temps. La même puissance en photovoltaïque (PV) ou en éolien, à raison de seulement 1000 heures pour le solaire et 1200 heures pour l’éolien de fonctionnement par an (quand il y a du soleil et du vent), produirait près de 355 millions (photovoltaïque) et 426 millions de kWh (éolien), soit sept à huit fois moins d’énergie électrique. A quoi il faut ajouter l’emprise sur le paysage, soit 483 éoliennes géantes de 5 mégawatts-crête chacune, étalées sur une surface de 90 kilomètres carrés, ou 19 kilomètres carrés de capteurs photovoltaïques (à raison de 150 watts-crête par mètre carré). Sans oublier le prix de ces ouvrages: 5 milliards de francs pour les éoliennes et 22 milliards en photovoltaïque. Avec ces montants, on pourrait construire 1 et 4 réacteurs nucléaire EPR, qui fourniraient respectivement 12 et 48 milliards de kWh/an, soit l’équivalent de 20% et 80% de la consommation globale d’électricité du pays, et cela à toute heure du jour et de la nuit, tout en n’occupant qu’un demi-kilomètre carré de terrain. Conclusion réaliste: l’éolien et le photovoltaïque pourront compléter une production nucléaire, mais pas la remplacer.

Page précédente